Portrait de pharmacienne: Chahrazed Mekioui une artiste qui nous plonge dans la poésie de ses peintures

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Portrait de pharmacienne: Chahrazed Mekioui une artiste qui nous plonge dans la poésie de ses peintures

L’oeuvre – Parcours artistique

C’est une pharmacienne artiste que nous découvrons avec Schahrazed Mekioui. Ses nombreuses lectures comme Amin Malouf aux récits historiques dans Samarcande et Les croisades vues par les arabes qui la plongèrent à travers des époques tumultueuses, ou comme Malek Bennabi et sa pensée dans Les conditions de la renaissance avec les nombreuses réflexions menées avec son fils, l’ont beaucoup marquée. Le choix des ouvrages en librairie fut souvent guidé par la représentation mise en couverture, notamment pour les ouvrages sur l’art islamique. Elle est aussi sensible aux œuvres d’artistes peintres ainsi qu’aux courants auxquels ils appartiennent, comme l’orientalisme chez Dinet ou le vertige et la souffrance chez Issiakhem, le fauvisme et le pointillisme du mystique  Van Gogh et sa touche exaltée ou encore l’expressionisme des couleurs chez Aggoun et Abdelatif qui font partie de ses nombreuses sources d’inspiration.

Son œuvre bercée par la poésie de Khalil Jibran et l’intensité de ses vers dans Le Prophète, nous fait voyager dans un monde figuratif aux couleurs orientales. Son oeuvre est entourée de lumière, bercée de couleurs avec des mouvements qui suivent ses coups de pinceaux qui parfois s’arrêtent à un endroit précis et nous mènent loin dans l’intimité des gens perçue au travers d’une fenêtre de la Casbah dans la cohérence des déformations. Plus loin, une représentation de babouches qui nous parlent d’une famille à travers leurs couleurs vives. Puis surgit une toile à main levée, une calligraphie aux phrases secrètes sur laquelle on virevolte à la fois entre des notes de musiques et un envol d’oiseaux . Un autre de ses tableaux nous replonge dans la Casbah illuminée par les ocres du soleil couchant ou levant peu importe, où s’alternent des touches rapides et longues autour des piliers de bois d’un balcon sous la bienveillance de la mosquée du quartier. Son séjour dans les régions du sud du pays comme Djanet et Tamanrasset, nous mène en immersion dans une œuvre qui représente une danse Tergui, dont les longues daraa (vêtement touareg) couvrent des pas qui semblent synchronisés sur les ondulations silencieuses de l’imzad envoutant (instrument traditionnel à une corde).

La passion artistique de Schahra, influencera son fils qui a choisi la pratique musicale en optant pour les styles chaabi et jazz. C’est un passionné de lecture qui a participé à la rédaction d’articles sur la santé dans la revue REMED de l’association d’étudiants, puis dans une revue médicale. Il confiera à sa mère, être son plus grand fan. Quelle extraordinaire témoignage qui permet à Chahra d’y puiser une énergie débordante. Il partage également avec sa mère le fruit de ses nombreuses lectures éclectiques qui sont souvent la source de discussions passionnées et passionnantes.

Dès son jeune âge, Schahra fut attirée par le dessin et s’essayait régulièrement à des esquisses. Elle développa cette sensibilité au fur et à mesure de ses visites de galeries d’art, où les œuvres exposées qui retenaient son attention ont sans doute attisé la flamme de l’artiste car elle s’est retrouvée le pinceau à la main, à exprimer son ressenti et son évasion guidée par ses émotions. Elle débuta avec les bouquets floraux, puis les natures mortes et laissa progressivement sa touche personnelle s’exprimer davantage, influencée par les gorges du Rhummel de Constantine, où coule le cours d’eau en contrebas des parois rocheuses abruptes. Les 47.000 carreaux de faïence qui garnissent les murs du palais Ahmed Bey à l’architecture mauresque, les fresques qui couvrent les murs de l’édifice sur près de 2.000 m² l’ont sans doute aussi inspirée.  Le peintre Horace Vernet commentait dans une correspondance ce chef d’œuvre architectural, en ces termes : « Figure-toi une délicieuse décoration d’Opéra, toute de marbre blanc et de peintures de couleurs les plus vives, d’un goût charmant, des eaux coulant de fontaines ombragées d’orangers, de myrtes, etc., enfin un rêve des Mille et Une Nuits ».

Pour se perfectionner, Chahra souhaitait rejoindre les Beaux-Arts. Cependant, les artistes peintres qu’elle côtoyait, l’encouragèrent à la vue de ses toiles, à préserver son indépendance et à poursuivre son travail avec sa propre sensibilité, son ressenti, ses émotions et sa touche personnelle sans influence académique. Si la toile a été son principal support pour ses peintures à l’huile qui lui offrent le relief recherché, Chahra Mekkioui s’est aussi exprimée sur le bois, la soie, la céramique et le verre. Ses moments de tension trouvent aussi une échappée à travers ses représentations, souvent réalisées dans les profondeurs de la nuit enveloppée du silence des images de son vécu. Une fois l’œuvre achevée, ce sont des sensations de liberté et d’apaisement qui l’envahissent. Si son travail n’a été exposé qu’une seule fois, c’est que Chahra, avait enveloppé ses toiles d’une forme de voile pudique, protégeant son espace artistique intime.

Si Chahra reste soucieuse d’écarter l’influence de sa pratique pharmaceutique de son expression artistique, elle a cependant apporté sa touche dans la décoration (une autre passion) de son officine en y accrochant quelques unes de ses toiles, touche qui fut appréciée par ses patients pris en charge dans un cadre pour le moins original pour une pharmacie.

Profession

Le diplôme de pharmacienne en poche, Chahra est recrutée dans une agence ENCOPHARM où elle restera durant dix huit mois. Elle garde de bons souvenirs de ce premier contact avec les patients, qui n’hésitaient pas à lui exprimer leur gratitude pour la qualité de la prise en charge et les précieuses informations fournies. Chahra s’impliqua également dans la gestion de l’officine et des préparations, dans cette officine qui disposait d’une assez grande surface pour ces réalisations.  Les circonstances ont voulu qu’elle poursuive son parcours professionnel à Alger à la direction de la santé du ministère de la défense où elle aura la charge de la distribution des produits pharmaceutiques vers les structures militaires. 

Elle fini par s’installer en libéral en 1996 à Zeralda

Au cours de sa pratique elle rejoint le SNAPO Alger en 2002 lors d’une assemblée générale où, soucieuse d’apporter sa contribution pour le développement de la profession, elle se portera candidate et sera élue membre du bureau sous la présidence du regretté Abderrahim Zemmouchi. De nature assez réservée, Chahra se lie d’amitié avec deux autres syndicalistes Imène Ladjroud et Fatima Rabia. Elles formeront un trio qui donna une grande visibilité au jeune syndicat à travers leurs précieuses contributions dans l’organisation des JIP’S, les célèbres Journées Internationales Pharmaceutiques du SNAPO. « Le travail officinal, par ses nombreuses contraintes, a tendance à nous isoler. Travailler au sein d’une telle équipe m’a donné une autre dimension plus humaine de mon engagement pour la cause officinale. Il y avait une communication empreinte de confraternité, dans une ambiance familiale et très respectueuse des personnes, ce qui donna de la valeur à nos revendications », confiera-t-elle. La confiance que lui ont accordée ses consœurs et confrères, lui sera réitérée durant 10 années (2002-2012), au cours desquelles elle participa à la chaine de solidarité avec les sinistrés du séisme de Boumerdes (2003).

Le développement de sa pratique pharmaceutique a été continu, car elle a suivi diverses formations diplômantes comme la naturopathie et ses 12 modules en plus d’un approfondissement de ses connaissances en aromathérapie, phytothérapie, cosmétologie. L’une de ces formations, la psychothérapie, fut pour le moins inattendue, mais en professionnelle de santé soucieuse d’être au plus près de ses patients, on en comprend toute la portée bénéfique. L’aromathérapie, dont l’OMS en recommande l’intégration dans les systèmes de santé à travers les médecines traditionnelles, les senteurs des huiles essentielles dégagées l’ont particulièrement intéressée afin de promouvoir la santé, le bien-être et l’hygiène au travers, en particulier, de cures de bien être. Au cours de sa pratique pharmaceutique, elle réalisa diverses préparations, dont le sirop de navet inscrit dans la Pharmacopée, un excellent antitussif.     

Diagnostic de situation de l’officine

Pour Chahra, le contexte de l’officine présente des perspectives positives, même si les problèmes d’approvisionnement engendrant les ruptures, les aspects administratifs, la formation du personnel sont récurrents. Ces questions auxquelles s’ajoutent les mauvaises politiques de conventionnement avec les organismes de sécurité sociale ont perturbé l’équilibre financier des pharmacieS en créant de nombreux soucis pour le titulaire.

Les causes et les solutions

Le glissement des pratiques pharmaceutiques au service de la santé vers des pratiques commerciales a beaucoup contribué à ce déséquilibre. Chahra Mekkioui pense qu’une rémunération du pharmacien à l’acte, permettrait de contribuer à réduire ces déviations, à l’image du modèle Suisse. La loi Santé 2018 pourrait redéployer les revenus des pharmaciens dans ce sens. Les groupements de pharmaciens, par la nature de leur composition de professionnels, et les syndicats de pharmaciens, peuvent jouer un rôle pour accompagner la mise en place de ces services.

Famille

Bercée dans une ambiance littéraire, Chahra est fille d’une enseignante portée sur les grands classiques et d’un père fonctionnaire amateur d’histoire et de sciences religieuses. Native de Constantine, elle y suit un parcours scolaire particulier en rejoignant l’école Abdelmoumen qui fut le conservatoire communal de la musique, où dans le cursus l’accent avait été donné avec des activités sportives, et artistiques enseignées avec les autres matières. Cet établissement à l’architecture arabo mauresque, a sans doute marqué notre artiste dès son jeune âge. Son jeune fils, admiratif du parcours de sa maman, finira par suivre la même filière pharmacie. Elle compte au sein de sa famille de nombreux membres issus du monde de la santé, dont le regretté Youcef Bouabdallah, pharmacien à Batna qui fut président du club local de football CAB (Chabab Aures de Batna). Il rédigea, juste avant sa disparition, un livre sur l’histoire du club fondé en 1932, dont la majorité des membres étaient adhérents au PPA (partie du peuple algérien) puis ils rejoignirent le FLN (Front de Libération Nationale). Plusieurs de ses membres tombèrent au champ d’honneur lors de la guerre de libération nationale.

Bercée dans une ambiance littéraire, Schahra est fille d’une enseignante portée sur les grands classiques et d’un père fonctionnaire amateur d’histoire et de sciences religieuses. Autant ses parents que ses frères, l’ont accompagnée et encouragée dans cette expression artistique. Son jeune fils, admiratif du parcours de sa maman, finira par suivre la même filière pharmacie. Notre artiste compte au sein de sa famille de nombreux membres issus du monde de la santé, dont le regretté Youcef Bouabdallah, pharmacien à Batna qui fut président du club local de football CAB (Chabab Aures de Batnta). Il rédigea juste avant sa disparition, un livre sur l’histoire du club fondé en 1932 dont la majorité des membres étaient adhérents au PPA (Parti du Peuple Algérien) puis ils rejoignirent le FLN (Front de Libération Nationale). Plusieurs de ses membres tombèrent au champ d’honneur lors de la guerre de libération nationale.

Schahrazed vient de nous plonger, à visage humain, dans une autre dimension du monde pharmaceutique : la sensibilité.

Abdellatif Keddad
Abdellatif Keddad
Journaliste médical
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