Portrait de pharmacien, Abdelmadjid FATMI membre fondateur : le souci de servir la profession

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Portrait de pharmacien, Abdelmadjid FATMI membre fondateur : le souci de servir la profession

Par Adellatif Keddad

Si Abdelmadjid Fatmi a été le premier soignant dans sa famille, son choix a fédéré par la suite la jeune génération comme son fils, ses nièces et neveux qui ont voulu suivre le modèle de leur père et oncle acteur de santé dans les diversités de la médecine de la rhumatologie à la chirurgie dentaire en passant par la médecine vétérinaire.

En remontant le passé, dans les années 70, Abdelmadjid nous parlera de son passage dans l’équipe de hand ball de Bordj Bou Arreridj, l’ASBBA, avec laquelle il participa à la coupe d’Algérie. Son plus beau souvenir sportif fut le match contre le tenant du titre le NAHD d’Hussen Dey, à qui avec ses coéquipiers, ils ont donné du fil à retordre. Même si le match s’est soldé par une défaite avec un seul but d’écart, il restera une prouesse pour cette jeune équipe à laquelle il appartenait.

Un parcours scolaire sans obstacle, il s’inscrit au lycée comme scientifique, et décroche son bac en 1982. Il rejoint alors l’université en optant pour la filière pharmacie d’abord à Sétif aux pieds des monts Babors pour un semestre, puis la promotion sera transférée vers Constantine l’antique Cirta et capitale de Massinissa, avec en cours de cursus un passage à Annaba, Hippone qui fut fondée il y a plus de 3.000 ans. Ce fut pour lui aussi à chacune de ces étapes, une occasion de découverte des belles régions du pays.

En 1987 Abdelmadjid Fatmi décroche son diplôme et part exercer au niveau de l’entreprise ENCOPHARM, durant dix mois puis rejoint le laboratoire d’hygiène de la direction de la santé à BBA. Il se retrouve à diriger une équipe de trois techniciens avec lesquels il procédait à l’analyse de l’eau, des denrées alimentaires en provenance de restaurants, de crèmeries, etc. et la bactériologie était l’examen qui dominait. Le vibrio cholerea, la salmonella typhi et le clostridium botulinum ont été retrouvés à plusieurs reprises. Il fallait agir vite et alerter l’autorité sanitaire (DSP) afin de prendre rapidement les mesures nécessaires et espérer sauver des vies. L’intervention du laboratoire d’hygiène a permis de retirer les denrées impropres à la consommation participant à la protection du consommateur.

Les circonstances du service militaire lui font découvrir Tindouf, la région de la Saoura située à 430 mètres d’altitude, dans l’extrême sud Ouest saharien et à 1 900 km d’Alger. Affecté en qualité de pharmacien après les six mois d’instruction à Sidi Bel Abbes, dans la compagnie médico chirurgicale (la 4e CMC), il retient l’immensité du silence de cette petite partie du Sahara de 70.009 km². Ce cadre lui a été propice pour se donner à une activité sereine, celle de la lecture. Le hasard a voulu qu’il passe son service avec des amis, qu’il retrouvera quelques années plus tard au sein du groupement pharma Invest où ils partageront les visions de la pharmacie.

Abdelmadjid reste impressionné par le parcours de Ibn Sina, le Cheikh el Rais (prince des savants), comme l’appelaient ses disciples.  Natif de l’ancienne Perse en 980, à Afshena près de Boukhara dans l’actuel Ouzbekistan, Ibn Sina marqua la médecine de son temps et pendant très longtemps après sa disparition. Il passa la majeure partie de sa vie à la fois à soigner, mais aussi à l’enseignement en transmettant ses connaissances. Il rédigea de nombreux traités formant une œuvre immense qui domina la pensée orientale et occidentale jusqu’au 16e siècle. Il s’intéressa à l’ensemble des sciences de son époque notamment l’astronomie, l’alchimie, la chimie, la psychologie. Son œuvre la plus impressionnante est incontestablement les Canons de la Médecine. Celle-ci regroupe l’ensemble des connaissances médicales de son époque et comporte 65 médicaments à base de plantes, 8 à base d’animaux et 4 à base de minéraux. Ce fut son ouvrage le plus connu qui continua de faire autorité médicale en Europe jusqu’au début du 19ème siècle.

En juillet 1989 Abdelmadjid finit par ouvrir sa pharmacie à Bordj Bou Arreridj. Il a vite aimé son métier, une opportunité pour lui de mettre ses compétences au service de la santé des patients avec lesquels il essayait de rester à l’écoute de leurs préoccupations. Ce fut une belle découverte aussi, car l’activité pharmaceutique dont il venait d’en acquérir les connaissances académiques et les compétences techniques, lui a vite ouvert le champ de l’enrichissement intellectuel continu.  En pharmacien consciencieux, plongé au cœur de la santé des malades qu’il recevait, il se faisait une obligation d’actualiser des données thérapeutiques dont il avait besoin  dans sa pratique. Il signale cependant la difficulté à cette époque, d’obtenir l’information contrairement à aujourd’hui, où l’internet permet l’accès quasi instantané aux données de santé. Travaillant à ce moment sur des données issues d’ouvrages et revues spécialisés, il constate combien avec l’avènement de l’internet, nous sommes noyés d’information et combien il est difficile d’en faire le tri. Dès ses différentes prises de fonction, de très bonnes relations professionnelles s’étaient construites tout au long de son parcours avec ses collègues et une grande partie des prescripteurs, même si certains n’adhéraient pas toujours au droit de substitution des pharmaciens. Abdelmadjid Fatmi a contribué non seulement à parfaire la formation des membres de son équipe officinale mais aussi à l’actualisée. Un indice de la bonne qualité relationnelle qu’il entretenait avec son équipe officine: elle lui est restée fidèle  35 années plus tard. Il se souvient qu’à ses débuts, il y avait un grand respect entre les confrères, les horaires d’ouverture et les gardes étaient scrupuleusement suivis. Il y avait à cette époque une douzaine de pharmacies dans la région. Puis le constat de la situation problématique de la pharmacie l’a vite inquiété et il fallait  agir. L’opportunité s’offre à lui avec l’installation du premier bureau du syndicat snapo de BBA. Il se présente aux élections locales, et en est élu membre. Il y oeuvra en toute abnégation, motivé par l’unique souci de servir la profession et l’intérêt général avant tout. Puis voulant appuyer cette action syndicale, et dans la continuité de celle-ci, il mise sur l’action économique pour améliorer la situation de la pharmacie. C’est comme cela qu’avec un groupe de 39 pharmaciens membres fondateurs dont des camarades de promo, la nécessité d’organiser la distribution des médicaments avec une vision officinale, est née. Profitant de l’ouverture du marché économique vers le secteur privé et du nouveau dispositif législatif, ils ont décidé, lors de leur assemblée générale constitutive, de fonder le premier groupement de pharmaciens sous forme de société par actions – spa Pharma Invest spa. La vocation initiale concernait la distribution des produits pharmaceutiques, managée par un conseil d’administration constitué de pharmaciens d’officine qui se retrouvaient au cœur de l’action.

Abdelmadjid Fatmi reste marqué par son pèlerinage aux lieux saints en 2005, duquel il garde un très fort souvenir. Ce voyage s’est fait dans un cadre organisé avec des amis pharmaciens dont Abdelouahab Attout, Atmane Houcinat, Fodil Mekideche, pour n’en citer que quelques uns, ce qui lui a ajouté une dimension familiale. Il se souvient de la première fois qu’il a porté le regard sur la Kaaba, ce fut un moment d’une intensité exceptionnelle, un moment qu’il n’avait jamais vécu auparavant, avec l’étrange impression qu’il connaissait La Mosquée Sacrée de longue date. Pour y accéder, il empruntait la Porte El Oumra (Bab el Umrah), l’une des très nombreuses portes, et passait de longs moments en contemplation de la Kaaba pour laquelle la tradition rapporte que la contempler était un acte d’une grande piété et de bienfaisance. La visite du second lieu saint El Madhina, celui qui accueilli Le Prophète Mohamed (SBDSL) lors de la hijra, le marqua également. A bord de son bus climatisé, il parcourt les 450 km séparant les 2 villes en psalmodiant la telbia, en pensant à la traversée du Messager (SBDSL) de l’Islam dans un paysage lunaire aride, avec l’impression que le soleil se trouve juste au dessus des têtes. C’est avec beaucoup d’émotion qu’il en parle.

Revenant sur la pharmacie et son état actuel, il regrette que les bonnes pratiques aient disparues en ayant emporté avec elles le respect. Il ajoute que lorsqu’il pénètre dans une pharmacie en 2021, il a du mal à reconnaitre l’espace santé qui existait auparavant. Un phénomène récent s’ajoute à cela, l’impression que les patients n’écoutent plus les conseils prodigués, car transformés en patients connectés influencés et qui obtiennent n’importe quelle information via les smartphones en temps réel. Cette situation lui parait être la conséquence de l’abandon de l’officine par le pharmacien, laquelle s’est finalement retrouvée entre les mains de non professionnels. Abdelmadjid Fatmi reste optimiste car il a identifié le remède : les pharmaciens doivent se réapproprier leurs officines. A cela il ajoute la nécessité de valoriser financièrement les actes pharmaceutiques, par une rémunération de l’acte du pharmacien. Ce sont des éléments qui pourront replacer le pharmacien dans son rôle initial, celui de véritable acteur de la santé au service du citoyen.

Abdellatif Keddad
Abdellatif Keddad
Journaliste médical
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